Le libre-échange garde le cap

Veille, par Collectif

Actuellement engagée dans plus de 25 négociations d’accords commerciaux l’Union européenne n’a pas modifié d’une ligne son agenda de libéralisation du commerce et de l’investissement. Elle entend même signer un accord-cadre sur le JEFTA (l’accord de libre-échange entre l’UE et le Japon), la copie conforme du CETA, ce jeudi 6 juillet.

La nouvelle administration française n’a pris aucune décision quant au CETA et devrait prochainement nommer un comité d’experts en charge d’évaluer les risques et les conséquences de la mise en œuvre de cet accord [1].
L’Union Européenne, en revanche, n’entend pas marquer le pas. Elle poursuit une foule de négociations, y compris avec des pays dont le bilan dans le domaine des droits humains mériterait sans doute d’être examiné par la justice pénale internationale, en premier lieu l’Azerbaïdjan ou la Biélorussie.

L’UE entend même rouvrir des accords commerciaux « simples » pour y adjoindre tous les volets caractéristiques des accords de nouvelle génération à savoir la coopération réglementaire, le règlement des différends investisseurs-États, etc. C’est ainsi avec le Mexique ou le Chili, la Tunisie ou le Maroc.

Le commerce au dessus des vies humaines

Le cas du Mexique démontre pourtant que la rhétorique de la DG Trade, qui prétend que ses accords commerciaux faciliteront le respects des droits humains ou des engagements internationaux en matière de lutte contre les changements climatiques, n’est que boniment.
En vigueur depuis l’année 2000, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mexique n’a jamais permis, même légèrement, de freiner les nombreux abus à l’œuvre dans ce pays sclérosé par la corruption, l’insécurité et le crime organisé. En 2014, l’ONG Human Rights Watch répertoriait déjà plus de 22 000 cas de disparitions forcées au Mexique. En 2017, 5 journalistes ont été assassinés, dont un correspondant de l’AFP le 15 mai dernier. Face à cette situation dramatique, et à la collusion entre le pouvoir et les narcotrafiquants, l’Union Européenne n’a jamais suspendu, ni même menacé de le faire, son accord en vigueur avec le Mexique.

Face à cette politique commerciale désastreuse, les États membres de l’Union européenne doivent s’engager activement afin de modifier profondément son orientation. Exprimer des craintes sur le CETA ou nommer un énième comité d’évaluation sur la question est loin d’être suffisant ! Il faut d’urgence stopper la direction prise par les négociations, et notamment celles de l’accord que l’UE veut conclure avec le Japon (JEFTA) avant la fin 2017 et qui fait peser de lourdes menaces sur l’agriculture, l’environnement, la protection des données, etc. et qui couvrira près d’un tiers du PIB mondial.

Il faut également empêcher toute reprise des négociations du TAFTA, entre l’Union européenne et les États-Unis de Donald Trump.

Le retour du TAFTA..

En effet, dans une déclaration à CNN, le Secrétaire d’État au commerce américain, Wilbur Ross, a affirmé que « le TAFTA n’est pas mort » ! L’éventualité de rouvrir les négociations sur l’accord de commerce entre l’UE et les États-Unis est réelle pour l’administration américaine. Même la chancelière allemande Angela Merkel, le 27 juin dernier, s’est dite favorable à la réouverture des négociations avec le géant américain.

À l’heure où Donald Trump a ré-affirmé son irresponsabilité sociale et environnementale en se retirant de l’Accord de Paris, l’exécutif américain confirme qu’il entend brader le climat et promouvoir le business as usual.

S’engager à nouveau dans des négociations avec le géant américain qui saborde sa responsabilité historique à œuvrer contre les changements climatiques serait une grave erreur. La responsabilité politique d’Angela Merkel ou d’Emmanuel Macron devrait les conduire à publiquement rejeter la politique du Président américain, plutôt que de songer à rouvrir des négociations commerciales avec son administration.

Il y a urgence donc à stopper l’ensemble de ces négociations. À l’heure où la Commission européenne a été désavouée à deux reprises dans sa conduite unilatérale des négociations des accords commerciaux, les États membres de l’Union européenne, avec en tête le nouvel exécutif français, doivent entendre l’opposition populaire, se porter à la hauteur du défi social et climatique, et remettre la politique commerciale européenne à sa juste place !

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L’actualité des accords de libre échange vue et commentée par Attac, l’Aitec et leurs partenaires. Veille, analyses et questions-réponses pour détricoter la complexité des politiques commerciales et renforcer nos luttes.

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