Transparence ? Semaine noire pour les communicants de la DG Commerce

Veille, par Lucile

La fin août a du être agitée pour les « spin doctors » de la DG commerce. Une série de révélations a fini de ridiculiser leurs efforts pour faire croire à des négociations transparentes.

Un pour tous, l’info pour personne
Le 13 août, le site d’investigation allemand Correct !v révélait le revirement majeur de la Commission européenne sur le front de la transparence des négociations TAFTA. Comme nous l’avions écrit, la Commission a décidé de couper l’accès des États membres et parlementaires aux résumés des cycles de négociations du traité transatlantique. La mesure ne serait que temporaire, a bafouillé Cécilia Malmström devant le scandale, sans convaincre.

D’après diverses sources, les dits résumés - uniquement accessibles à quelques officiels et parlementaires, reflétaient de manière trop honnête la frustration de l’UE face aux demandes et réponses américaines. Trop sensibles, ces rapports ne seront plus partagés. Des versions vides maniant l’habituelle langue de bois seront désormais rendues publiques après chaque cycle de négociations. Parlementaires et citoyens, tout le monde sera logé à la même enseigne : personne n’aura plus accès aux informations crédibles sur le contenu et l’avancée des négociations.

La transparence finit de partir en fumée
Quelques jours après ce fiasco, la rhétorique de la « transparence » a subi un nouveau coup dur. Le 26 août, l’organisation bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO) publiait le récit édifiant de ses efforts pour obtenir des informations sur le lobbying des géants du tabac sur les négociations commerciales.

Après 5 mois d’attente (le délais légal est de 15 jours), et la contestation officielle d’un premier refus, la Commission a répondu à la demande déposée par CEO. Les demandes d’accès à l’information sont un droit, elles permettent aux citoyens de savoir dans le détail comment l’UE est administrée.

Las, l’image des documents publiés a exprimé à la perfection la paranoïa et le secret entourant les négociations commerciales.

Un premier document, compte rendu de la DG Commerce d’une rencontre avec Philippe Morris, a été à 90% censuré. Seules les formules de politesses sont visibles. Alors que les géants du tabac ont par le passé déjà utilisé les traités de libre échange pour attaquer dispositions de santé publique qui les concernent, aucune des demandes de la multinationales n’est visible.

Dans un second document de 14 pages, une lettre de British American Tocacco à la DG commerce, la censure est encore plus complète. Même certains numéros de pages, information confidentielle s’il en est, ont été noircis.

Plusieurs autres documents censurés ont également été publiés, ils révèlent la présence des multinationales du tabac au cœur des négociations.

Un blogueur ironique a vu le bon côté des choses : la Commission a cessé de nier que ces rencontres se sont tenues - une amélioration notable face aux dénégations passées.

Le tollé a secoué les services de la DG commerce. Ses spécialistes en relations publiques ont répondu le 27 août, d’une façon des plus étranges, en assumant totalement la censure et en niant que les négociations concernées aient été celles du TAFTA.
Ces gesticulations ont provoqué la fureur de nombreux commentateurs : elles contredisent totalement la lettre envoyée par la Commission pour justifier la censure. La Secrétaire générale de la Commission, Catherine Day, y déclarait que les documents étaient censurés car relatifs à des négociations (secrètes) du traité entre l’UE et le Japon, et à celles du traité transatlantique EU-États-Unis..


Extrait de la lettre : la mention au TAFTA et au traité EU-Japon est explicite

Couac ou mensonge pur et simple : le vernis de crédibilité de la DG Commerce ne fait plus illusion. L’influence des multinationales, et en particulier des géants du tabac, sur les négociations commerciales est une réalité que la Commission fait tout pour cacher. Sur la transparence, la censure en dit plus que cent discours de communicants.

Confortable familiarité
Pour achever le combo, le 26 août, l’organisation américaine de défense des libertés numériques Electronic Frontier Foundation a publié une série d’emails échangés entre des lobbyistes et les négociateurs américains du TiSA - l’accord géant sur le commerce des services également promu par l’UE. Ces emails révèlent l’effarante proximité entre négociateurs et lobbies.

Quand les représentations des gouvernement se prennent pour les VRP des multinationales et qu’ils usent des traités de libre échange comme leur outil privilégié, nos démocraties n’ont-elles pas du souci à se faire ?

Pour aller plus loin

Photo : Vanessa Pike-Russell (CC BY 2.0)

À propos

L’actualité des accords de libre échange vue et commentée par Attac, l’Aitec et leurs partenaires. Veille, analyses et questions-réponses pour détricoter la complexité des politiques commerciales et renforcer nos luttes.

Tweets